Sénat, Rapport n° 35 (1989–1990): Transfer of the GIAT Establishments to a National Company (de Villepin)
SÉNAT
PIŒMIÈIŒ SESSION OIWINAIIŒ DE 1989- 1990
Annel:e-uu pruces-Hrbul de lu séuncedu 25 urtt~brc 1989.
RAPPORT
I•'A l'l'
au nom de la commission des Affaires étrangères, de la défense et des
forces armées (1) sur le projet de loi autorisant le transfert à une
société nationale des établissements industriels dépendant du
groupement industriel des armements terrestres (G.I.A. T.),
Par M. Xavier de VILLEPIN,
Sénutcur.
l JI l'eUt• conwllliSWII t:lil cumpuste de: MM. Jeun Lecunuct, prisldetll; Mîdwl d'Ailli(>r~s. Yvon
Jluuq.:t.•s, J-'runçois Abadie, Jean-Pierre Buyle, ulce-prisidelfls; Jeun Garcia, Guy Cubunel, Mich(d
Allundc, JunJUCS Genton, serrtlairrs; MM. Poul Alduy, Jeun-Luc Uécurl, l)aniel Ucrnurdut, Andre
Bclh.'nwurt, Amédée Uuuqucrel, Andre Boyer, Michel Culdaguès, Jeun· Paul Chumbriurd, Miclwl
Chuuty, Yvon Collin, Claude Cornue, Churlcs-llcnri de Cossé-Bris.suc, Michel Cruels, Audrê Delclis,
J-'runl l>ubusCtj, Claude lo~sliL•r, Gérurd Guud, Jeun-Ciuude Guudin, Philippe de Guulle, JactjUCs Gnllit!l,
BPrnurd (iuynmurd, Mme Nicole de lluuteducque, MM. Marcel llenry, André Jurrut, Louis JunK,
Christ mn de l.u Mttlèm•, Mure l.nuriul, lo:douard I.e Jt~unc, Max Lejeune, Louis l.ung:equeue, Philippe
Mndrelle, Miclwl Mt~urin•-Bokanuwski, ,Jean-l.ur Méll'nrhnn, Claude Mont, Jean Nntuli, Paul d'Ornnno,
Mirhel l'umntowski, Hubert l'nnlillon, Hog:cr l'uudonsun, André )ù,uvière, Hnbert-l'aul Vigouroux,
Xnvier d1• Villl'pin, AlbPrl Vnilquin.
Vnir' le nu méru:
Sénnt : .f 75 119H8-19891.
l>é(cn!4c nutinnnla.
I
SOMMAIRE
l'»p -
INTRODUCTION
l' KKMIKUK l' AKTIK
f>
Le ( il AT : une institution en crise profonde
en dépit d'efforts d'adaptation constants et d' unpotentiel
de valeur pour l'industrie française de l'armement
9
I. L'origine du (iI AT et les grandes lignes de son
évolution depuis sa création en 1971 : la distinction
entre les missions étatiques et les missions industrielles
de la l ) : rection de-» Armements Terrestres et la recherche,
pour ces dernières, de l'autonomie maximale compatible
avec un statut de régie d' Ktat
10
1 L'origine de la création du ( il AT
2 I es tentative;- d'assouplissement des contraintes résultant
10
du statut de gestion en régie étatique directe
1
Il - Le ( il AT en 1989
A. Présentation generak
14
la gestion intégrée, en reglé
directe , sous l'égide de la I ) < A et de la 1 ) T A T , de
neuf établissements employant 14 742 personne :., charges du
développement et de la production de la majorité des
systèmes d'armes terrestres classiques
I
14
l /outil industriel de la Direction des Armements
terrestres de la Délégation générale à l'armement
14
2 Neuf établissements industriels dont la plupart
connaissent des difficultés de plan de charge
I4
3 In effectif de 14 742 employés d'origines très
diverses
17
4 I n organisme spécialise dans la mailrise d'oeus te
des systèmes d'armes terre - très
H
Le domaine d' ail ivité du ( I AT
IS
la mailrise d'oeuvr .
du développement et de la production de la grande majorité
des systèmes classiques de bas " de l'armée de terre
19
1 Le développement et la production d'.tnm nt ni .
terrestres classiques
19
2 Les trois branches de l' activité du Cil AT
20
C. I.a dépendance du GIAT a l'égard des crédits budgétaires
de la section forces terrestres
21
Stnat 35
-
I
III
l es diilTu'ulUs rio («I AT
2 1
A
I A ' S causes exter ues de dit I ii ullr -.
2J
1 l«i haïsse de l'actu île a l'exportation
23
2
H
a l.es causes générales
'23
h Les causes s /n'cifii/ ues cuncernant le ( il A /'
25
La diminution de > commandes de l' Ktat
27
u Les cause s générales
27
h l.es nuimfestutums sf *'! ifujuc - i onccrnint le Hl. M '
'21
les causes internes de difficultés
29
I
l / isolement industriel du GIAT
29
2 L'extrême spécialisation du Cl AT
30
3 l,e poids pénalisant des procédures étatiques
4 l<es rigidités en matière de personnel
30
31
5 L'insufi
du taux d'encadrement et du
potentiel humain en matière de recherche
C l es lourdes conséquences des dificultés du GIAT
I
l.e sureffectif
32
32
2 L'insuffisance de la productivité
33
3 I.e dérapage des coûts
33
4 L'allongement des délais
34
5 I-es insuffisances techniques
34
6 l,es pertes d'exploitation
34
IV - lies limites des actions de redressement possibles dans
le cadre du statut en régie directe du GIAT
A
31
35
I /es limites des mesures de relance d'activité
envisageables
36
H Les difficultés supplémentaires lices au statut étatique
du GIAT
l)Kl XIKMK l' AKTIK
38
Anal ).se des grandes lignes du projet
4!
I - 1-a transfo-mation du Cil AI ' en société nationale :
l'assouplissement des rigidités de gestion résultant du
statut rie régie d' Ktat constitue , au prix de coûts
temporairement accrus pour l' Kte.t, un préalable utile
au redressement du GIAT
A l' n préalable utilt au redressement du GIAT
4 '_'
42
1 La suppression de rigidités de gestion du statut de
regiedirect '-
42
2 Les limites des auti i s -ulutions > nv is.igeahles
44
3 Les possibilités nouvelles résultant
i
du régime de l'entreprise nat tonale
49
li Des coûts teinpoi .iiM iin ut , i < n 1 s pour l' EGO
.SI
Il - Les garanties législatives apportées au maintien des
droits acquis du personnel du ( il A T ( articles 2 a 7 )
A I A S principes
53
53
1$ Les modalité » legi-sl-Hnes de mise I II oeuvre des
garanties législatives apportées au perso , nel du ( Il A T
54
1 Les principes généraux
54
2 Le cas des fonctionnaires et des n lit . m i » i.u tic le 4 )
55
3 Lô agents sur contrat ( article 51
57
4 Les ouvriers ( article t >)
57
TKOISIKMK l' AKTIK
l Les indispensables mesures
d'accompagnement qu'implique le projet de loi
I - Les nécessaires mesures d '.
61
< ompagnement concernant
le domaine de l'emploi et du travail
A
63
La réduction des effectifs
63
H l ai mobilité des effectifs
65
C La fon..ation
67
I ) le reTutement de personnels hautement qualifiés
68
I I - les nécessaires mesures d'accompagnemei
Jans le
domaine industriel
A Le soutien au plan de chai
1
Les commandes d' Ktat
2 Le rapatriement ou la recherche de sous traitanci s
69
69
69
70
3 l.a diversification et la spécialisation dans le domaine
des activités militaires
71
li La concertation uvci li > ed « or priu
12
('
<4
La recherche d' act i \ l cs ci \ ile~
I ) L'augmentation du potentiel de rechercne et de
développement
75
K La réorganisai ion do > ti Met lires
77
K L' amélioration di lauc»iioii
78
-4-
(JUATKIKME l'ARTIK : Analyse des articles
81
Article premier
82
Article 2
85
Article 3
87
Article -t
89
Articles
92
Article 6
94
Article 7
95
Articles
96
Article 9
96
Les conclusions de votre rapporteur : la nécessité d'obtenir des
éclaircissements sur le capital initial de la future société nationale ..
97
L'examen du projet de loi par votre commission des Affaires étrangères ,
de la Défense et des Forcos armées
103
Tableau comparatif
107
Annexes : résumé des positions des principales organisations
syndicales représentant les personnels du GIAT
111
-5
Mesdames , Messieurs ,
C'est au terme d'une longue étude et après de nombreuses
réunions de travail , notamment avec le Directeur de Cabinet du
ministre de la Défense , M. Dieudonné Mandelkern , le Directeur du
GIAT, l'Ingénieur général Nelken , ses principaux collaborateurs, le
Délégué général à l'Armement, M. Yves Sillard , ses principaux
collaborateurs, certains représentants syndicaux du GIAT et après la
visite de l'un des établissements du GIAT, celui de Tarbes, que votre
rapporteur vous livrera ses conclusions sur le projet de loi rendant
possible le transfert à une société nationale des établissements
industriels dépendant du Groupement Industriel des Armements
Terrestres.
Le problème de l'inadaptation du GIAT à son
environnement industriel , quoique un temps masqué par les
remarquables succès remportés par le GIAT à l'exportation , est à
l'ordre du jour depuis des années .
Le texte qui nous est soumis ne se comprend qu'après une
analyse des causes et des manifestations multiples de ce qu'il
est convenu d'appeler "la crise du GIAT". Cette analyse fera
l'objet de ïa première partie du présent rapport.
Le texte qui nous est soumis est-il ainsi en mesure de
remédier à la crise du GIAT ? Assurément non car on verra dans la
deuxième partie de ce rapport que le redressement du GIAT dépendra
en définitive de la nature et de l' ampleur des mesures
6
d'accompagnement qui seront prises dans les domaines du
travail , de l'emploi , du soutien au plan de charge , de la
diversification , notamment vers le civil , des activités du GIAT
et de l'augmentation du potentiel de recherche et de
développement du Groupement.
Quoique insuffisant et partiel , le texte qui nous est
soumis élabore une solution qui n'est pas la plus mauvaise pour
sauvegarder le GIAT. On verra dans la seconde et la quatrième
parties de ce rapport que la formule choisie , tout en maintenant le
contrôle de l'État sur le GIAT et en établissant d' importantes
garanties pour le réemploi du personnel apparaît comme une
solution médiane entre les impératifs industriels et financiers
qui auraient pu conduire à une privatisation du GIAT et les
exigences sociales, ainsi que les considérations de puissance
publique qui peuvent paraître exiger, à un coût important pour
l' Ktat et au prix du maintien de certaines rigidités, le maintien de
l'appartenance du GIAT dans la sphère des activités industrielles
contrôlées par l'État.
En ouvrant la possibilité de sortir le GIAT d'un statut
étatique de régie directe , le projet de loi qui nous est soumis vise à
remédier aux rigidités de gestion difficilement contournables en droit
et qui sont inhérentes à ce type de statut. De fait, ces rigidités
affectaient de manière de plus en plus dirimante, dans un contexte
industriel où la concurrence devient de plus en plus difficile, la pleine
exploitation du potentiel industriel unique et de valeur que
représente le GIAT.
En déterminant, de manière législative , les garanties
substantielles quant aux principes et aux modalités de réemploi des
personnels des établissements du GIAT actuel , le projet va aussi loin et à un coût important- qu'il était possible d'aller dans le domaine des
garanties sociales compatibles avec les exigences industrielles de
gestion de la future société. Il est d'ailleurs à noter que la nature
législative de ces dispositions n'est pas , selon votre rapporteur,
évidente .
Ces mesures qui font partie intégrante de la mise en place
de la nouvelle société nationale instaurée par le préi -. e '. projet de loi ,
il convient de les définir, d'en fixer les modalités, de déterminer
les sommes qui seront affectées à leur financement et de fixer
7-
clairement les responsabilités de chacun en matière de
financement. L'avenir de la nouvelle société dépendra également de
sa dotation initiale dont il serait nécessaire qu'elle soit de l'ordre du
milliard de francs au minimum .
C'est en définitive à partir des informations qui seront
fournies quant aux mesures d'accompagnement au lancement de la
nouvelle société qu'une vision globale de l'ampleur et des chances de
réussite de la réorganisation initiée par le texte qui nous est soumis
pourra être esquissée.
9
l' KKMIKKK l' AKTIK
|,K GIAT : UNE INSTITUTION EN CRISE PROFONDE
EN DEPIT D' KFKORTS D' ADAPTATION CONSTANTS ET
D' UN l' OTKNTIKL DE VALEUR l' OUR l.'INDUSTKIE
KRANCAISK DE l'ARMEMENT
Il
Cette présentation générale du Groupement Industriel
des Armements Terrestres parait indispensable à la compréhension
du texte qui nous est soumis. La transformation du GIAT en société
nationale ne se comprend en effet qu'au regard de la crise profonde
que traverse cet organisme depuis plusieurs années. Cette crise fait
au demeurant également apparaître le caractère nécessaire mais
limité et insuffisant des solutions apportées par le texte qui fait l'objet
du présent rapport et qui devra être soutenu par d' importantes
mesures d'accompagnement.
I - L'ORIGINE DU GIAT ET LES GRANDES LIGNES DE SON
ÉVOLUTION DEPUIS SA CRÉATION
EN
1971 : LA
DISTINCTION ENTRE LES MISSIONS ÉTATIQUES ET LES
MISSIONS
INDUSTRIELLES
DE
LA
DIRECTION
DES
ARMEMENTS TERRESTRES ET LA RECHERCHE , PAR CES
DERNIÈRES, DE L'AUTONOMIE MAXIMALE COMPATIBLE
AVEC UN STATU T DE RÉGIE D' ÉTAT.
I. L origine de la création du GIAT
La création du Groupement industriel des armements
terrestres ( GIAT ) en 1971 sous la dénomination initiale de
"Groupement Industriel" et l'évolution de la gestion de cet organisme
depuis cette date s'inscrivent dans le contexte du souci constant, dès
l'origine de la création de la Direction des Études et Fabrications
d'Armements ( DEFA ) en 1936, d'individualiser, d'assouplir et de
rationaliser la composante industrielle de ce qui est devenu la
Direction des Armements terrestres .
Confrontée aux exigences du monde industriel et de la
concurrence , la DEFA , devenue Direction Technique des Armements
Terrestres ( D.T.A.T. ) a dès l' après-guerre pratiqué une active
politique d'adaptation de ses structures. Face à une réduction et une
transformation des besoins , 22 établissements industriels
dépendant de la Direction des armements terrestres ont ainsi été
fermés ou reconvertis entre le milieu des années cinquante et la
date de la création du GIAT. Dans le même temps , les effectifs
employés sont passés de 32.000 à 20.500 .
M
Parallèlement , le besoin d' une entité industrielle
intégrée, disposant de structures propres et du maximum d'autonomie
compatible avec un statut étatique de régie directe, est apparu de
plus en plus pressant compte tenu notamment , d' une part , des
difficultés croissantes qui résultaient de la confusion existant entre
les missions étatiques et les missions industrielles de la D.T.A.T. et,
d'autre part , des impératifs nouveaux qu' impliquait une action
politique d'exportation .
Ce double mouvement a abouti à la création en 1971 , par
décret, d'un "Groupement industriel " au sein de la Direction
technique des armements terrestres. Cette structure regroupait
tous les moyens industriels de la Direction . Elle permettait
d'assurer une complémentarité maximum ainsi qu'une unité de
gestion entre les établissements industriels de la D.T.A.T. , répartis
sur l'ensemble du territoire national .
Ensemble industriel polyvalent et intégré unique en
Europe par ses structures comme par ses capacités de production et
d'innovation , ayant pour vocation principale la maîtrise d'oeuvre de
systèmes d'armes terrestres complets , le GIAT constituait à
l'origine, avec un effectif de quelque 18.000 personnes réparties en
1 létablissements de production dispersés sur l'ensemble du
territoire national , un ensemble économique inmportant et viable .
Dépendant principalement des commandes de l'Armée, il développait
cependant une active politique d'exportation et apparaissait comme
un outil industriel puissant, diversifié et intégré .
La rentabilité du GIAT était cependant dès l'origine
affectée par la rigidité de son statut étatique de régie directe
par l' État peu adapté à l'exercice d'activités industrielles
fortement soumises à la concurrence et a fortiori d'activités
commerciales .
2 . Les tentatives d'assouplissement des
contraintes résultant du statut de gestion en régie
étatique directe
12
Une importante série de dispositions ont progressivement
été adoptées afin de tenter de remédier en partie aux faiblesses
organiques qui résultaient du statut étatique du GIAT.
Après plusieurs années d'expansion continue , notamment
à l'exportation , l'activité du GIAT a été en recul constant depuis 1985 .
• C'est ainsi que, dès avant la création du GIAT, avait été institué en
1952 un compte spécial du Trésor qui , sous la rubrique
"Fabrication d'armements", permettait de libérer en partie l'industrie
d'armement sous contrôle étatique de certaines des contraintes des
finances publiques, en distinguant notamment, sans référence à
l'origine des crédits ( titre V, fonds de concours etc), les opérations de
recettes et de dépenses. Le principe du compte spécial permet au
GIAT, dans le cadre du compte de commerce de la DAT, de
fonctionner, pour ce compte , avec certaines limites -et en particulier
l'impossibilité d'avoir un découvert- sur la base d'un compte de
résultat proche de ceux des sociétés privées. Cette possibilité
permet notamment au GIAT de réinvestir l'équivalent de ses
amortissements et d'assurer ainsi l'entretien et la modernisation
continue de son outil de production .
• En 1970 une société , la SOFRANTEM , est mise en place afin de
permettre au GIAT d'offrir à l'exportation des conditions de
financement comparables à celles des autres exportateurs. En 1974
est créée la SOFRESA afin de faciliter la promotion des ventes au
Moyen-Orient, alors que la SOFMA est réorganisée pour assurer la
même fonction pour le reste du monde . Une autre société , la
COFRAS, a été créée afin d'assurer l'assista.ice technique et le suivi
nécessaires à une politique active à l'exportation .
• En 1979 un article de la loi de finances , l'article 62 , ouvre au GIA T
la possibilité d'investir la moitié ( l'autre moitié revenant au Trésor)
des résultats réalisés à l'exportation dans des réserves
permettant d'autofinancer des opérationsd'études d'adaptation
industrielle ou de fabrication de certains matériels par
anticipation afin d'offrir à des clients potentiels des délais de
livraison plus concurrentiels. Le même article ouvre par ailleurs au
GIAT la possibilité de faire placer , à la Caisse des Dépôts et
Consignations , à des taux proches de ceux du marché , les
excédents réalisés grâce aux activités à l'exportation .
3
• En 1988 , parallèlement à un important plan de réduction du
sureffectif ouvrier portant sur 2.800 postes ( sur 12.000 ) jusqu'au
31 décembre 1990 , a été mise en place , à l'initiative du ministre de la
Défense , M. Giraud , une structure nouvelle , PROGIAT. Société
anonyme au capital de 95 MF détenu par l'État et recevant les parts
de l' État dans la SOFMA , PROGIAT était destiné a effectuer
progressivement me grande partie des opérations que son statut
empêchait le GI VI de mener à bien : opérations commerciales ,
recrutement de personnel de haut niveau , etc. Le protocole entre
l'État et PROGIAT a été signé le 7 mai 1988 et le projet de
changement de statut du GIAT, sans remettre en cause PROGIAT.
PROGiAT a cependant d'ores et déjà entrepris des actions
importantes notamment dans le domaine de la commercialisation des
activités de la branche munitions du GIAT ainsi que dans celui de la
préparation d'opérations de diversification des activités du GIAT
Dérogatoires du statut de droit public et de ce fait délicates
à mettre en oeuvre et par nature limitées dans leur portée , ces
différentes mesures ont pour l'essentiel été circonscrites aux activités
du GIAT à l'exportation . Elles n'ont pu empêcher , en raison des
contraintes spécifiques résultant de sa structure étatique , que le
GIAT se trouve tout particulièrement touché par la crise générale qui
affecte l'industrie d'armement en France .
14
Il - LE GIAT EN 1989
A - Présentation générale : la gestion intégrée, en régie directe,
sous l'égide de la D.G.A. et de la D.T.A.T. de neuf établissements
employant 14.742 personnes, chargés du développement et de la
production de la majorité des systèmes d'armes terrestres
classiques.
. 1 . l /outil industriel de la Direction des Armements
terrestres de la Délégation générale à l'armement
Le GIAT dépend de la Direction des Armements
Terrestres ( DAT) qui , avec la Direction des Constructions Navales
( D.C.N. ) et la Direction des Constructions aéronautiques ( DCAé ),
constitue l' une des directions opérationnelles de la Délégation
Générale à l'Armement.
Au terme de l'évolution retracée plus haut, le GIAT a
vocation à exercer la mission industrielle de la D.A.T. et regroupe à
cet effet, avec le maximum d'autonomie de gestion compatible avec le
statut de régie étatique directe , l'ensemble des moyens industriels de
la D.G.A. consacrés aux matériels terrestres.
2. Neuf établissements industriels dont la plupart
connaissent des difficultés de plan de charge
Les moyens industriels sont organisés autour de neuf
établissements répartis sur 1 0 sites dont la situation est contrastée .
15
I. AMX-AI'X : Établissement d'armement implanté à
Sa tory ( 78 ) chargé des études de matériels blindés , de la prospective ,
de la conception et des études de faisabilité de systèmes d'armes ou de
sous-ensembles. 1.154 employés.
La charge d'études de l'AMX-APX est très dépendante de
l'cnchainement entre la fin des études de l'AMX Leclerc et le début du
programme VBM . Des mesures ont été prises pour rechercher le
meilleur enchaînement possible et permettre le maintien de la
compétence d'études du GIAT en matière de véhicules blindés.
2 . EKAIl : Établissement d'études et de fabrications
d'armement de Bourges ( 18) spécialisé dans les études d'armes et de
munitions et les fabrications de matériel d' artillerie et de
pyrotechnie. 2.102 employés.
La réduction des commandes de munitions pour les forces
armées françaises risque de conduire, si les commandes qui seront
obtenues à l'exportation ne sont pas suffisantes, à une sous-activité
dont l'ampleur dépendra directement du volume de ces commandes.
ARE : Atelier de construction de
Roanne ( 42 )
spécialisé dans la production d'engins blindés et de rechanges. 2.763
employés.
Les réductions de programmes , par rapport aux prévisions
initiales de la loi votée en 1987 , dans le domaine des véhicules
blindés, vont toucher l'atelier de construction de Roanne . Cependant
le plan de chai ge de l'établissement reste satisfaisant, et il devrait
même permettre des transferts de charge vers d'autres établissements
moins favorisés.
4. ATS : Atelier de construction de Tarbes ( 65) pour la
production de tourelles, obuserie et pyrotechnie. 2.583 employés.
- Ili
La situation est relativement contrastée entre les deux
secteurs de l'ATS. Le secteur "mécanique" a un plan de charge
relativement assuré , surtout si les commandes espérées à
l'exportation sont obtenues. En revanche , des mesures de mobilité
risquent d'être nécessaires pour le secteur "munitions".
5 . MAS : Manufacture nationale d' armes de Saint-
Étienne ( 42 ) pour l'étude et la fabrication d'armes légères
d'infanterie , de tourelleaux , d'armes et roquettes antichars et de
dispositifs de protection contre les agents nucléaires et chimiques.
1.879 employés.
La charge de la MAS décroit dès 1989 et la sous-activité
va devenir élevée à partir de 1990. Malgré les transferts de charge
effectués à partir de l'ARE dans le secteur "mécanique", des mesures
de mobilité seront nécessaires , particulièrement dans le secteur
"armement".
6. MAT : Manufacture nationale d'armes de Tulle ( 19 ),
pour la fabrication d'armes automatiques de moyen calibre .
1.344 employés.
Partant d'une situation difficile , les hypothèses actuelles
de commandes pour les forces armées françaises induisent une légère
baisse de charge à la MAT , ce qui renforce la nécessité de
diversification des activités et de mesures de mobilité vers d'autres
établissements.
7. ATK : Atelier de fabrication de Toulouse ( 31 ) pour
l ' industrialisation et la fabrication de munitions de petit et moyen
calibres. 1.109 employés .
Les perspectives de charge sont en diminution ,
notamment dans le domaine des munitions et des mines, et peuvent
conduire à une légère sous-activité à l'ATE à partir de 1990.
- 17-
f.. ASS : Atelier de chargement de Salbris ( 42) pour le
chargement des munitions et missiles. 54 1 employés.
L'équilibre entre potentiel et charge devrait être
maintenu notamment si des commandes attendues à l'exportation
sont effectivement obtenues.
y. EO G : Établissement Ouest du GIAT implanté sur deux
sites : Rennes (35 ) pour la fabrication d'éléments de munitions et de
matériels de soutien en campagne de blindés, et Le Mans ( 72) pour la
fabrication de munitions de petit calibre. Environ 700 employés au
total à Rennes et au Mans.
A l'EOG de Rennes , la réduction prévisible des
commandes de munitions dans le cadre de la révision . de la
programmation risque de conduire à une baisse de charge dans ce
secteur, qui ne pourra que difficilement être compensée par l'activité
du secteur mécanique après 1991 .
A l' HOC du Mans, la seule production étant la munition
de 5,56 mm , l'équilibre entre la charge et le potentiel sera très
dépendant des commandes budgétaires de 5,56 mm.
3 . Un effectif de 14.742 employés d'origines très
diverses
Au total le GIAT est doté d'un effectif (au ler mai 1989)
de 14.742 personnes réparties comme suit :
- corps militaire de l'armement
290
- fonctionnaires
3.151
Seaat J5. — 2
- 18-
- agents sur contrat
84 1
- personnels à statut ouvrier
10.460
soit un total de
14.74 ?
4 . Un organisme puissant spécialisé dans la maîtrise
d'oeuvre des systèmes d'armes terrestres
Avec un chiffre d'affaires de l'ordre de 7 milliards de
francs (dont 2 miliards consacrés aux frais de personnel ), le GIAT a
pour vocation principale la maitrise d'oeuvre de systèmes d'armes
terrestres complexes.
Il est principalement spécialisé dans le domaine des
véhicules blindés , de l'artillerie, des armes légères et des
munitions associées à ces différents types de matériels.
Le GIAT domine largement l'industrie française des
armements classiques. Il est le seul industriel français susceptible
de mener à bien la construction d' un char lourd ou d' un
système complet d'artillerie.
Profitant de l'expansion des marches étrangers de
l'armement notamment au Moyen-Orient , le GIAT s'est dès sa
création délibérément tourné vers l'exportation qui a représenté
jusqu'à 43 % des activités totales du GIAT en 1983.
19
H - l«e domaine d'activité du GIAT : la maitrise d'oeuvre du
développement et de la production de la grande majorité des
systèmes classiques de base de l'armée de terre
1 . Le développement et la production d'armements
terrestres classiques
Le GIAT, spécialisé dans les armements terrestres
classiques, agit en tant que maître d'oeuvre tant pour la phase de
développement que pour la phase de production .
Il est spécialisé dans le développement et la production
d'armements classiques.
Détenu par Thomson C.S.F. et l'Aérospatiale , le domaine
des missiles sol-sol et sol-air échappe au GIAT qui n'intervient
pratiquement pas dans la production de l'armement missile de
base de l'armée de terre : missiles sol-air Crotale , Roland et Mistral
ou missiles sol-sol Milan et Hot et , a fortiori , les missiles
préstratégiques Hadès et Pluton produits par l'Aérospatiale.
Apte à réaliser des systèmes complexes , le GIAT fait de
plus en plus appel à des sociétés privées très spécialisées
("équipementier") pour certains composants très sophistiqués des
systèmes d' armes modernes . La SAGEM intervient ainsi
fréquemment pour la gyroscopie , la SAT pour l'optronique, le groupe
Thomson ou Électronique Serge Dassault pour l'électronique, etc.
Il est à noter également que quoique occupant une
position très dominante dans le domaine des armements terrestres
classiques, le GIAT subit cependant la concurrence d'industriels
actifs et spécialisés sur certains types de matériel : Renault
Véhicules Industriels et Panhard pour les véhicules à roues, Luchaire
pour les munitions
- 20-
de gros calibre, Panhard pour les blindés légers, T.B.A. pour les
mortiers , etc. )
En dépit des lourdes contraintes étatiques qui pèsent sur
sa gestion , le GIAT reste virtuellement un outil industriel
performant . Le réinvestissement de l'équivalennt des
amortissements, qui permet de dégager annuellement quelque
400 MF, a rendu possible non seulement l'entretien mais aussi la
modernisation continue du potentiel industriel du GIAT. Votre
rapporteur s'en est lui-même convaincu en visitant le 16 octobre
l'établissement de Tarbes. Par ailleurs, en dépit d'une insuffisance
manifeste de chercheurs , le GIAT dispose en outre d'une bonne
capacité d'innovation et de synthèse qui en fait un instrument
précieux et unique pour l'industrie d'armement française.C'est
ainsi que seul le GIAT dispose en France de bureaux d'études à même
rie mener à bien un projet de char, de système d'artillerie ou de
munition complexe. L'aptitude du GIAT à conduire un programme de
l'ampleur, de la complexité et de la valeur militaire du char Leclerc,
dans des conditions de prix beaucoup plus maîtrisées qu'on ne l'a dit
(dérive de l'ordre de 15%) est -de même que le programme en cours
d'étude de V.B.M. ( véhicule blindé modulable )- significative des
possibilités virtuelles du GIAT.
2. I Les trois branches de l'activité du GIAT
L activité du GIAT se décompose en trois secteurs.
Le secteur systèmes et mécaniques regroupe les
établissements spécialisés dans la production en séries relativement
limitées de systèmes complexes ( chars lourds, artillerie). Cette
branche , qui absorbe la moitié des capactiés productives du GIAT,
accomplit surtout un travail complexe d'intégration et de montage
final de sous-ensembles divers. Les établissements de Satory, de
Bourges, de Roanne, de Tarbes et de St. Etienne interviennent ainsi
dans la branche systèmes et mécaniques.
I«e secteur armements regroupe les moyens d'étude et de
production d'armes légères et de canons de petit calibre. Il s'agit de
production en moyenne série qui permet de dégager une certaine
- 21
valeur ajoutée. Cette branche concerne surtout les établissements de
Tulle et de St. Etienne .
Le secteur munitions , qui fait intervenir les
établissements du Mans, de Toulouse , de Salbris et de Bourges,
produit en grande série des obus et des munitions légères. Cette
branche représente environ 30% de l'activité productive du GIAT.
C
La dépendance du GIAT à l'égard des crédits budgétaires de
(a section forces terrestres
L activité du GIAT dépend très fortement des crédits
budgétaires de la section forces terrestres. Dénué de ressources
propres, la dépendance du GIAT à l'égard du budget de l'armée de
terre est patente pour les crédits de recherche et de développement
(90 %) dont le poids est croissant dans toute l'industrie d'armement.
Elle est également forte, mais dans une moindre mesure (40%) pour
les crédits de fabrication .
Elle est plus importante ( plus de 60% ) pour les différents
armements ( canons, véhicules blindés, fusils , etc. ) que pour les
véhicules terrestres et les munitions pour lesquels elle demeure
inférieure à 50% .
Le tableau ci-dessous indique l'évolution , au cours des
cinq dernières années, de la répartition du montant des commandes
reçues par le GIAT ( hors commandes d'études) entre commandes
budgétaires et commandes non budgétaires (ces dernières étant, pour
l'essentiel , destinées à l'exportation ). Il fait apparaître la
dépendance importante et croissante de l'activité du GIAT à
l'égard des commandes budgétaires.
- 22-
1984
1985
1986
1987
1988
Commandes
budgétaires
65%
45%
83%
82%
87%
35%
55%
20%
18%
13%
Commandes non
budgétaires
• En prenant pour référence le critère des heures
productives, l'activité de fabrication résultant des commandes au
GIAT s'est partagée, au cours des cinq dernières années, de la
manière suivante :
Répartition des
heures de main-
1984
1985
1986
1987
1988
73%
77%
78%
81%
82%
27%
23%
22%
19%
18%
d'oeuvre productive
Activités liées à des
commandes
budgétaires
Activités liées à des
commandes non
1
budgétaires
Ce tableau souligne les enseignements du précédent en
confirmant l'ampleur de la dépendance budgétaire du GIAT.
•23
III • LES DIFFICULTÉS DU GIAT
Le GIAT est frappé de plein fouet par la crise générale qui
affecte l'industrie française de l'armement.
Cette situation est aggravée par le fait que les capacités
d'adaptation du GIAT sont très largement obérées pour des raisons
internes au GIAT, pour la plupart liées aux handicaps résultant de
son statut d'entreprise sous régie directe .
A •
Les causes externes de difficultés
1 . I*a baisse de l'activité à l'exportation
a) I<es causes générales
Cette baisse d'activité à l'exportation fappe l'ensemble de
l'industrie d'armement française . Elle a été analysée avec une
remarquable concision par notre collègue Jacques Genton dans son
rapport sur la loi de programmation 1990-1993 .
" La nécessité d'exporter est vitale pour l' industrie
française d'armement. En effet, le marché national est, par essence,
limité. La politique française de défense est en effet une politique de
dissuasion , reposant sur une stricte suffisance de ses moyens et
notamment de ses moyens d'action. Quant aux débouchés naturels
vers l'OTAN dont bénéficient nos partenaires de l' Alliance
Atlantique , ils sont plus limités pour la France qui n'est pas membre
de l'organistion intégrée et qui , de ce fait, ne participe pas à de
nombreux groupes de travail où s' élaborent les concepts
opérationnels , les normes et la définition des besoins. Cette
diminution , au départ, des séries initiales de nos productions
d'armement et, partant, des économies d'échelle et de potentiel de
financement de la recherche dont bénéficient les industries les plus
24-
directement concurrentes, constitue un handicap important pour
l'industrie d'armement française".
Cette situation a pu jusque vers le milieu des années
quatre-vingt être compensée par l' ampleur des succès à
l'exportation de l'industrie française d'armement.
Cependant un certain nombre de facteurs contribuent
à affecter les possibilités qui existaient jusqu' alors à
l'exportation .
. La baisse globale des dépenses d'armement dans le
monde.
. I*a baisse spécifique des dépenses d'armement dans
la région du Moyen-Orient à la suite notamment de la diminution
des revenus pétroliers. Ce mouvement frappe très directement la
France qui réalisait 60% de ses exportations dans cette région et qui
n'y réalise plus que 38%.
. (/apparition de nouveaux concurrents et le regain
d'efficacité des concurrents traditionnels . La diminution du
marché à l'exportation s'est assortie d'une concurrence plus vive sur
ces marchés. De nouveaux pays, autrefois clients potentiels, y sont
apparus : le Brésil , l'Afrique du Sud , l' Inde et Israël notamment.
Les Etats-Unis sont devenus plus agressifs sur les marchés extérieurs
à la suite notamment des restrictions successives du budget de la
défense des Etats-Unis au cours des dernières années . Nos
partenaires européens, eux-mêmes, bénéficient désormais de très
importants mouvements de restructuration . Le chiffre d'affaires de
l'industrie britannique de l'armement a augmenté de 65% depuis
1970, celui de l'industrie allemande de 50%. D'importants groupes
intégrés dotés d'une forte puissance financière se constituent en
Angleterre autour de British Aerospace et de GEC mais surtout en
RFA avec le Groupe MBB-Daimler-Benz ( 280 milliards de chiffre
d'affaires ). Au Japon également se constitue une industrie
d'armement à forte vocation exportatrice , notamment dans le
domaine de la haute technologie".
25
b ) Les causes spécifiques concernant le GIAT
De 1984 a 1989 la part du chiffre d'affaires du GIAT
réalisée à l'exportation est passée de 40 à 20%. Le volume d'activité
résultant des commandes à l'exportation a chuté de 5 millions
d'heures productives en 1985 à 3 millions en 1986. Il ne représente
plus désormais que 18% de l'activité du GIAT contre environ 30% en
1983 .
Cette évolution est grave pour le GIAT car les marchés à
l'exportation avaient permis de dégager des bénéfices importants ,
indispensables pour les études et le développement de matériels
nouveaux et performants.
Les causes spécifiques du déclin des performances du
GIAT à l'exportation paraissent résulter de trois données principales.
• La contraction des marchés étrangers a été
particulièrement néfaste au GIAT dont les activités à l'exportation
étaient très concentrées sur le Moyen-Orient. Or les commandes
provenant de cette région ont été particulièrement touchées par la
réduction des revenus pétroliers. L'Arabie Saoudite représentait à
elle seule plus de la moitié des ventes du GIAT à l'exportation , les
principaux autres clients étant l'Irak, le Quatar, le Nigeria et le
Maroc.
• La concurrence étrangère a également durement
frappé les activités du GIAT. Plusieurs* anciens clients de la France
( Espagne, Brésil , Israël notamment) sont devenus producteurs puis
exportateurs. Les prix pratiqués par ces pays sont plus concurrentiels
que ceux offeits par le GIAT, au détriment d'ailleurs d'une qualité
souvent inférieure à celle des productions du GIAT.
•26
• Les procédures actuelles de ventes à l'étranger,
marquées par d'importants mécanismes de compensations diverses,
sont devenues de plus en plus complexes et, de ce fait, de plus en plus
mal adaptées à la structure étatique du GIAT en dépit des
assouplissements successifs apportés à l' action du GIAT à
l'exportation, notamment à la suite de la mise en place de sociétés
écrans. Ces sociétés, pour efficaces qu'elles soient, privent -et c'est
leur objet- le GIAT d'un contact direct avec le client et affectent de ce
fait son aptitude à satisfaire et à anticiper les demandes.
* Enfin , le sureffectif du GIAT en personnel , compte tenu
de la baisse de sa production à laquelle s'ajoutent les conséquences
inhérentes aux procédures de gestion étatique, contribue à affecter la
productivité et, partant, la valeur concurrentielle ( au niveau des
prix ) des produits du GIAT sur les marchés étrangers. Il a été
constaté que dès lors que le GIAT dispose d'un plan de charge
permettant le plein emploi de ses effectifs, il redevient compétitif.
Une telle perspective deviendra cependant de plus en plus
hypothétique compte tenu de l'ampleur du sureffectif et des
perspectives raisonnables de commandes même au prix d'une
politique volontariste de relance du plan de charge.
L'évolution du pourcentage du chiffre d'affaires non
budgétaire du GIAT, dont on peut considérer qu'il est réalisé, pour
plus de 80%, à l'exportation , est particulièrement significative de
cette évolution .
|
19â4
1985
1986
1987
1988
37%
28%
27%
27%
21%
Part du CA non
budgétaire
27
2 . La diminution des commandes d'E tat
Ce problème n'est pas propre au GIAT . Il affecte
cependant particulièrement le GIAT compte tenu de l'importance des
crédits budgétaires de la section forces terrestres dans les activités du
GIAT.
a ) l.es causes générales
Conséquence d'une certaine détente, de l'apaisement des
conflits régionaux et de la baisse des revenus pétroliers, la tendance
dans le monde est globalement à une baisse relative des
dépenses d'armement, qui sont passées de 533,7 milliards de dollars
en 1987 à 514,8 milliards de dollars en 1988. La situation de la France
est particulière .
Malgré une part relativement constante des dépenses
d'armement dans le Produit Intérieur Brut Marchand , de nombreux
étirements, réductions, reports et annulations de programmes
sont intervenus, en particulier depuis 1981 . Les effets de ces
décisions ont été particulièrement sensibles sur l'industrie
d'armement française. Celle-ci est en effet pénalisée par des séries
résultant des commandes d'État beaucoup plus faibles qye celles dont
bénéficie l'industrie soviétique ou américaine, ce qui naturellement
augmente les coûts de l'industrie nationale par rapport à ceux de ses
deux principaux concurrents. Les commandes d'État sont en outre
vitales pour l'industrie française, compte tenu du coût croissant de la
recherche , dont le développement est en parti assuré par les
commandes d'État.
b ) Les manifestations spécifiques concernant le
GIAT
• La diminution des commandes étatiques frappe tout
particulièrement le GIAT. En baisse relative de 1SH2 à 1986 , les
commandes d'État vont continuer de diminuer en termes relatifs . La
fin du programme d'équipement en canons de 20 mm ainsi que
28
l'achèvement progressif du programme FAMAS et le coup de frein
donné a